François Truffaut accorde la première place aux femmes dans pratiquement tous ses films. Ce sont-elles qui décident aux moments forts, qui font basculer le film, tantôt vers le bonheur, quelquefois vers la mort.
Dès Jules et Jim, il insinue que loyauté et intégrité peuvent aller de pair avec le partage de l'amour. Jusqu'au-boutiste et assoiffée d'honnêteté intellectuelle, Catherine va se jeter dans la Seine quand son amant lui tient des propos machistes sous prétexte de citer Baudelaire. « C'est très rare qu'un caractère de femme soit décrit comme cela. Catherine, c'est l'insoumission », résume aujourd'hui Jeanne Moreau, tout en ajoutant, amère : « Cette légèreté pouvait passer pour du cynisme. C'est cruel, la liberté. »
La passion, aveugle et absolue, guide tous ses personnages féminins, obéissant à la dictature des sentiments avec une rigueur bouillonnante. « J'ai la religion de l'amour », dit Isabelle Adjani dans L'Histoire d'Adèle H. Même au plus profond de sa passion monomaniaque pour un lieutenant qui l'ignore, Adèle se sent solidaire de toutes les femmes : « Je n'ai plus de jalousie, je n'ai plus d'orgueil, je pense à mes sœurs qui souffrent en mariage. Il faut leur donner la liberté. »
L'Homme qui aimait les femmes (1977)
Ce film a déchaîné les foudres féministes à sa sortie en 1977. Une critique de Pariscope qualifia même le film d'« inventaire de pièces détachées exhibant des veaux (les bonnes femmes) par pièces de quatorze » ! Et pourtant ce film est un hommage à toutes les femmes, qu'elles soient blondes, brunes ou rousses, jeunes ou vieilles, sages ou aventureuses.
Au générique de fin, des jambes de femmes déambulent devant une rangée de livres. Ce plan résume ce film où Truffaut allie amour des mots et des femmes. Comme dans Baisers volés ou L'Argent de poche, le cinéaste filme en séquences courtes et énergiques.
Le héros Morane n'a rien d'un Dom Juan à l'ego surdéveloppé, il aime les femmes pour ce qu'elles sont, non pour lui-même. Davantage qu'un séducteur invétéré, c'est un grand enfant à la quête de l'éternel féminin, et plus encore de l'"éternel maternel".
Chez Truffaut, l'amour des femmes fait toujours resurgir la figure originelle, et cruellement absente, de la mère. Cette blessure donne une humanité à la fois tragique et joyeuse à ce tourbillon de conquêtes. Les maîtresses de Morane qui se rendent sur sa tombe n'ont rien de tristes veuves : ce sont des femmes à qui l'amour d'un homme et le regard d'un cinéaste ont donné la grâce.[COLOR=brown]
http://nezumi.dumousseau.free.fr/truffem.htm
petite visite.